AUSTRAC, l’unité australienne de renseignement financier, a publié trois documents complémentaires à ses évaluations nationales des risques 2024, mettant en avant l’intelligence artificielle et les actifs virtuels comme nouveaux accélérateurs transformant le blanchiment d’argent, le financement du terrorisme et le financement de la prolifération. Cette publication intervient sept semaines avant l’entrée en vigueur des obligations de la tranche 2 prévues par la version réformée de l’Anti-Money Laundering and Counter-Terrorism Financing Act.
La réforme étend considérablement le périmètre d’AUSTRAC. Elle intègre dans le régime les professionnels de l’immobilier, les avocats, les comptables, les agents de transfert de propriété, les négociants en métaux précieux ainsi que des prestataires supplémentaires de services sur actifs virtuels. Selon Norton Rose Fulbright, cette évolution ajouterait entre 80 000 et 90 000 entités déclarante aux quelque 17 000 déjà régulées, soit une expansion d’environ cinq fois du nombre actuel d’entités soumises aux obligations déclaratives.
Pour la première fois, AUSTRAC traite l’intelligence artificielle comme un accélérateur transversal plutôt que comme un simple canal isolé. Dans la mise à jour sur le blanchiment d’argent, plusieurs méthodes facilitées par l’IA sont identifiées, parmi lesquelles la fabrication d’identités, la génération de faux documents, le blanchiment de produits d’escroqueries et la structuration de transactions visant à imiter le comportement légitime de clients.
La mise à jour relative au financement de la prolifération détaille quatre cas d’usage de l’IA par des acteurs d’États sanctionnés : l’automatisation de réseaux de sociétés écrans, la génération d’entités fictives, la production de documents commerciaux falsifiés et l’optimisation des stratégies de contournement des sanctions. Ces pratiques sont présentées comme des facteurs de complexification des risques et des schémas de financement illicite.
AUSTRAC a également révélé que des acteurs liés à la DPRK ont volé plus de 2 milliards de dollars américains en crypto-actifs à Bybit en 2025, qualifiant cet événement de plus grand cas connu de génération de revenus en crypto par un État. Cet épisode illustre le rôle des actifs virtuels dans les stratégies de financement illicite mises en lumière par les nouvelles évaluations.
Les entités déjà soumises au régime étaient tenues de respecter la version réformée de l’AML/CTF Act depuis le 31 mars, tandis que les obligations de la tranche 2 doivent commencer le 1er juillet. L’ensemble de ces évolutions souligne un élargissement massif du cadre déclaratif et une attention accrue portée aux usages de l’IA et des actifs virtuels dans les schémas de criminalité financière.




