La vice-gouverneure en charge de la régulation financière à la Banque centrale d’Irlande, Mary-Elizabeth McMunn, a exprimé une opposition marquée à l’idée de confier aux régulateurs un mandat visant à promouvoir la compétitivité du secteur financier. Intervenant lors d’un événement de la Banking and Payments Federation Ireland à Dublin, elle a qualifié cette proposition de « simplement une mauvaise idée » et a averti qu’elle risquait de répéter des erreurs de politique ayant contribué au crash bancaire irlandais.
Dans son discours, McMunn a présenté la position du régulateur sur trois thèmes qu’elle considère comme centraux dans le débat européen actuel : les exigences de capital, la concurrence et la complexité. Ses remarques interviennent alors que plusieurs autorités majeures adoptent une approche inverse, avec la Financial Conduct Authority (FCA) au Royaume-Uni, l’Autorité des marchés financiers (AMF) en France et l’agenda de simplification de la Commission européenne mettant en avant la compétitivité et la croissance.
Rejet d’un mandat de compétitivité
Les critiques les plus directes de McMunn ont visé les propositions, au niveau de l’Union européenne comme au plan national, visant à doter les régulateurs financiers d’un mandat de compétitivité comparable à celui attribué à la FCA en 2023 dans le cadre du Financial Services and Markets Act. Elle a déclaré penser qu’ajouter un tel mandat, « même secondaire », est « simplement une mauvaise idée », jugeant qu’il n’est « pas clair » en quoi cette approche relève de la simplification « plutôt que de la déréglementation ».
Selon elle, un tel mandat « brouillerait au mieux » la mission du régulateur et « au pire risquerait d’avoir un effet corrosif sur la prise de décision, conduisant à des problèmes de stabilité financière ». McMunn a explicitement fait référence au crash bancaire irlandais, citant le rapport Honohan de 2010 sur les défaillances réglementaires du pays et rappelant qu’un mandat pro-secteur similaire « a contribué de manière si significative aux manquements de cette période ».
Divergences avec d’autres régulateurs européens
Cette position place la Banque centrale d’Irlande en décalage avec plusieurs de ses pairs européens. La présidente de l’AMF, Marie-Anne Barbat-Layani, a ainsi indiqué à la Commission européenne en septembre que le modèle de supervision fragmenté de l’Union « entrave la compétitivité », appelant à un renforcement des pouvoirs de l’ESMA sur les entreprises transfrontalières. De son côté, la FCA a structuré son programme de réformes post-Brexit autour d’un objectif secondaire explicite de croissance et de compétitivité internationale.
Données sur le capital et la croissance du secteur
McMunn a également contesté l’argument en faveur d’un assouplissement des exigences, estimant que les données ne le justifient pas. Elle a indiqué que la croissance du crédit bancaire dans la zone euro se situe actuellement autour de 3 %, tandis que la croissance du crédit en Irlande dépasse 6 %. Les banques détiennent, selon elle, une marge de capital d’environ 480 points de base dans l’Union européenne et 620 points de base en Irlande au-dessus des minima réglementaires. Elle a résumé sa position en affirmant que l’abaissement des exigences de capital est « une solution à la recherche d’un problème ».
Les chiffres illustrent également l’essor du secteur des paiements et de la gestion d’actifs en Irlande. Le nombre d’établissements de paiement et de monnaie électronique agréés dans le pays est passé de 14 en 2016 à 58 en 2025, avec des fonds de clients protégés approchant 12 milliards d’euros. Parallèlement, le total des actifs des fonds d’investissement autorisés en Irlande a augmenté de 1,7 billion d’euros à 5,3 billions d’euros sur la décennie.




